Un chercheur exploite la faille « Localiser » d’Apple pour un usage sous Linux
Un chercheur en cybersécurité, opérant sous le pseudonyme Zerotistic, a réussi à déjouer les mécanismes du service « Localiser » d’Apple pour l’utiliser sur le système d’exploitation Linux. Cette prouesse technique, qui ne repose pas sur une vulnérabilité de sécurité, mais sur une compréhension approfondie des protocoles d’Apple, permettrait d’accéder aux positions partagées sans posséder d’appareil Apple. L’objectif initial du chercheur était de mettre en place des alertes de géolocalisation basées sur les données de localisation déjà partagées par des contacts.
Une rétro-ingénierie en quatre étapes
Le processus d’exploitation a nécessité environ une semaine de travail de rétro-ingénierie pour reconstituer la chaîne technique d’Apple. La démarche s’articule autour de quatre phases clés :
- Usurpation d’identité d’un appareil Apple : Pour accéder aux données de localisation partagées, il a fallu contourner le système d’authentification d’Apple. Contrairement à une connexion iCloud classique qui ne donne accès qu’aux propres appareils de l’utilisateur, l’accès aux données de localisation partagées nécessite une autorisation spécifique via une ancienne API interne nommée « Find My Friends » (fmyf). Le chercheur a utilisé « GrandSlam », le système de vérification d’identité d’Apple, pour ensuite accéder à IDS, le service interne qui gère les appareils et les communications chiffrées, similaire à celui utilisé par iMessage.
- Obtention d’un certificat reconnu par Apple : Une fois l’accès à IDS obtenu, il a été nécessaire de faire reconnaître la machine Linux comme un appareil Apple légitime. Ceci a impliqué la génération d’une clé de sécurité RSA de 2048 bits, une signature SHA-1, et l’encapsulation de ces éléments dans un fichier « plist » compressé. L’appareil Linux a ensuite dû être enregistré pour six fonctions de localisation distinctes, regroupées par Apple sous une même famille de services.
- Récupération de la clé secrète de l’appareil de l’ami : La phase la plus complexe a consisté à obtenir la clé de chiffrement permettant de déchiffrer la position d’un contact. Le chercheur a exploité le mécanisme « distributeKeys » d’Apple, normalement utilisé lorsqu’un utilisateur change d’appareil. Ce mécanisme permet à un nouvel appareil de recevoir les clés des partages de localisation existants sans que les amis n’aient à recréer le partage. Le chercheur a ainsi réussi à faire en sorte que l’appareil de son contact lui transmette sa clé secrète.
- Déchiffrement de la position : La clé secrète reçue était elle-même chiffrée via un échange ECDH (Elliptic Curve Diffie-Hellman), assurant la confidentialité de la clé lors de sa transmission. Une fois cette clé obtenue, le chercheur a pu interroger « SearchParty », le service d’Apple qui stocke les positions chiffrées. Le déchiffrement a été réalisé localement sur la machine Linux à l’aide de la clé récupérée et du chiffrement AES-GCM, fournissant ainsi des coordonnées précises, un horodatage et une marge de précision, identiques à ce que l’on trouve dans l’application « Localiser ».
Une démarche sans faille, mais révélatrice
Il est important de souligner qu’aucune faille de sécurité n’a été exploitée dans cette démonstration. Le chercheur n’a pu accéder qu’à des positions déjà volontairement partagées, sans possibilité d’initier de nouveaux partages ou de modifier ceux existants. Néanmoins, cette initiative offre un aperçu détaillé du fonctionnement interne du service de géolocalisation d’Apple. La firme de Cupertino a toujours gardé le silence sur les détails techniques de « Localiser », probablement afin de limiter la création d’appareils tiers compatibles et de préserver son écosystème. Cette recherche met en lumière l’ingéniosité des experts en cybersécurité et la complexité des systèmes de suivi de localisation modernes.









