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L’automobile, objet sacré de la modernité et miroir de nos sociétés

yellow sedan parked near red concrete building

L’automobile, un objet sacré de la modernité

Le chercheur en sciences sociales, Patrick Lagouy, invite à une relecture de l’histoire de l’automobile, transcendant ses aspects techniques et économiques pour en explorer la dimension anthropologique et culturelle. Il analyse comment la voiture a profondément remodelé notre rapport au monde et à nous-mêmes, instaurant une nouvelle conception de l’individu : le « soi qui roule ».

Comme le soulignait Jean-Paul Sartre en 1947, l’automobile exerçait une fascination telle qu’elle était perçue comme un objet divin : « Le fossé entre ceux qui ont un objet et ceux qui n’en ont pas, est un fossé qui sépare les hommes des dieux. » Au fil du XXe siècle, la voiture est devenue le symbole par excellence de la modernité, de la liberté, de l’émancipation et de la réussite sociale.

Dans son ouvrage La sociologie de l’automobile (1977), Patrick Lagouy, professeur de sociologie, a étudié cette « religion » de la bagnole. Il y décortique les mécanismes qui ont fait de l’automobile un objet sacro-saint, de la promesse d’une vie meilleure à la construction d’une identité individuelle.

La voiture comme mythe fondateur

Dès ses débuts, l’automobile a été associée à un imaginaire puissant. Les premières publicités la présentaient comme une merveille technologique, symbole de progrès et d’avenir. Elle promettait de dépasser les limites du corps humain, de conquérir l’espace et le temps, et offrait la possibilité d’échapper à la routine, de partir à l’aventure et de découvrir de nouveaux horizons.

Le mythe de la voiture comme extension de soi

Avec le temps, la voiture est devenue une extension de soi, un prolongement de la personnalité. Le modèle choisi, sa couleur, ses options, tout cela contribue à forger une image, à affirmer une identité. La voiture devient ainsi un marqueur social, un signe extérieur de richesse et de statut. Sartre affirmait d’ailleurs : « C’est la première fois que les hommes de chez nous vont avoir quelque chose qui leur permet de se distinguer de leurs voisins. »

Le « soi qui roule » : une nouvelle conception de l’individu

L’automobile a ainsi contribué à forger une nouvelle conception de l’individu : le « soi qui roule ». Cet individu est autonome, indépendant, maître de son destin. Il est celui qui parcourt le monde, qui explore, qui conquiert. Il est celui qui, grâce à sa voiture, peut échapper aux contraintes de la vie quotidienne, se déplacer à son gré, et vivre sa propre odyssée.

La face sombre de la religion automobile

Cependant, cette « religion » automobile a aussi sa face sombre. La dépendance à la voiture a entraîné des conséquences négatives sur l’environnement, sur la santé publique, et sur la vie des villes. La construction d’infrastructures routières a bouleversé les paysages, favorisé l’étalement urbain, et rendu les centres-villes moins vivables. La pollution de l’air, les accidents de la route, la sédentarité, sont autant de problèmes majeurs liés à la généralisation de l’usage de l’automobile.

Aujourd’hui, alors que les défis environnementaux et sanitaires nous poussent à repenser notre rapport à la mobilité, il est essentiel de prendre du recul et de questionner le statut de cet objet si particulier. L’automobile, symbole de la modernité, est aussi le reflet de nos aspirations, de nos désirs, et de nos contradictions.

Patrick Lagouy, sociologue à l’université de Picardie, a publié La sociologie de l’automobile en 1977. Un article à relire dans son intégralité dans le nouveau numéro de La République des Lettres, consacré à « La religion automobile ».

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