Aviation : Première mondiale pour un moteur d’avion fonctionnant à l’hydrogène
Un pas de géant vers une aviation plus durable
Dans une avancée significative pour l’avenir du transport aérien, la compagnie aérienne easyJet et le constructeur aéronautique Rolls-Royce ont annoncé la réussite d’un test historique : un moteur d’avion complet a fonctionné à pleine puissance, alimenté à 100 % par de l’hydrogène. Cet exploit, réalisé le 29 avril dernier, marque une étape cruciale dans le développement de solutions de propulsion décarbonées pour l’aviation commerciale.
Le moteur Pearl 15 : une technologie adaptée
Le cœur de cette expérimentation fut le moteur Pearl 15 de Rolls-Royce, un réacteur habituellement utilisé sur les jets privés. Pour cette mission, ses systèmes d’alimentation et de combustion ont été méticuleusement adaptés afin de pouvoir utiliser l’hydrogène gazeux comme carburant exclusif, en remplacement du kérosène traditionnel. Le moteur a traversé avec succès toutes les phases simulées d’un vol, incluant le démarrage, un décollage à pleine puissance, une phase de croisière et un atterrissage.
Cette démonstration technologique est particulièrement pertinente car elle vise directement les avions monocouloirs, la catégorie d’appareils la plus répandue pour les liaisons court et moyen-courrier en Europe. L’objectif ambitieux est de voir ces avions voler sans émissions de CO₂ d’ici le milieu des années 2030.
Un programme de recherche progressif
Ce succès fait suite à plusieurs années d’efforts de recherche et développement conjoints entre easyJet et Rolls-Royce. En 2022, les deux entités avaient déjà testé avec succès un moteur différent, l’AE2100, à l’hydrogène vert. L’année suivante, c’est la chambre de combustion du Pearl 15, la pièce maîtresse où le carburant est brûlé pour générer la poussée, qui avait été soumise à des tests à pleine puissance à l’hydrogène. Chaque étape a permis d’affiner la technologie et de se rapprocher de l’objectif d’un moteur complet fonctionnant à l’hydrogène.
Les défis de l’hydrogène dans l’aéronautique
Si l’hydrogène présente l’avantage majeur de ne produire aucun CO₂ lors de sa combustion, son utilisation dans l’aviation n’est pas sans défis. Il s’agit d’un carburant réactif, nécessitant des adaptations significatives des systèmes de stockage, de distribution et de combustion. De plus, la sécurité est une préoccupation primordiale, car toute défaillance dans un système sous pression d’hydrogène pourrait avoir des conséquences graves. Le programme de test a justement permis de valider le comportement du moteur, y compris dans des scénarios de panne simulés, afin de garantir sa sûreté et sa prédictibilité.
Le projet a bénéficié du soutien technique de Tata Consultancy Services et de la construction d’une infrastructure de stockage et d’acheminement sécurisée de l’hydrogène par le régulateur britannique de la sécurité au travail (HSE). Les essais ont été menés au centre NASA Stennis, dans le Mississippi.
Perspectives et avenir de l’aviation décarbonée
Bien que prometteuse, la transition vers une aviation 100 % hydrogène à l’horizon 2030-2035 reste un objectif ambitieux. L’un des principaux obstacles réside dans la capacité à stocker l’hydrogène sous forme liquide à des températures extrêmement basses (-253°C) à bord d’un avion, ainsi que dans la conception de réservoirs adaptés.
Il est important de noter que l’hydrogène est envisagé comme un complément aux carburants d’aviation durables (SAF), qui sont déjà utilisés et permettent de réduire les émissions sans nécessiter de modifications majeures des moteurs actuels. Les avancées dans la technologie des turbines à gaz, même si elles sont une technologie ancienne, pourraient paradoxalement jouer un rôle clé dans le développement de l’aviation propre de demain.
Ce succès d’easyJet et de Rolls-Royce ouvre la voie à des recherches plus approfondies et à des investissements dans ce domaine, potentiellement révolutionnaire pour l’industrie aéronautique et sa contribution à la lutte contre le changement climatique.









