Le temps d’écran des adolescents : un allié inattendu pour le développement cognitif ?
Une étude finlandaise, menée sur huit ans, remet en question les idées reçues sur les effets négatifs du temps d’écran chez les adolescents. Contrairement aux craintes habituelles, un temps d’écran plus élevé depuis l’enfance pourrait être associé à un meilleur traitement cognitif à l’adolescence.
Menée par une équipe de chercheurs de l’université de Jyväskylä et de l’université de Finlande orientale, l’étude PANIC a suivi 260 participants finlandais depuis leur plus jeune âge (entre 6 et 8 ans) jusqu’à l’adolescence (environ 15,8 ans en moyenne). Les chercheurs ont évalué les capacités d’apprentissage, d’attention et de mémoire de travail à l’aide de tests spécialisés, tout en mesurant le temps d’écran, l’activité physique et le temps sédentaire.
Des résultats surprenants sur le traitement cognitif
Les conclusions de l’étude sont contre-intuitives. Alors que des recherches antérieures avaient établi un lien entre sédentarité et performances scolaires plus faibles, les écrans étant une cause majeure d’immobilité, l’équipe s’attendait à observer un affaiblissement des capacités cognitives avec un temps d’écran accru. Cependant, le chercheur Petri Jalanko a constaté que « le temps d’écran peut soutenir le traitement cognitif des enfants et des adolescents », particulièrement lorsque les activités impliquent une réflexion active, la résolution de problèmes, la créativité ou l’apprentissage. Cela suggère que la nature de l’activité sur écran est plus déterminante que sa simple durée.
L’activité physique, un facteur à considérer avec nuance
L’étude a également mis en lumière des nuances concernant l’activité physique. Chez les filles, une activité physique de faible intensité était associée à une meilleure mémoire de travail, tandis que chez les garçons, c’était l’activité physique encadrée par un adulte qui produisait cet effet. De manière surprenante, l’activité physique non encadrée, telle que déclarée par les adolescents eux-mêmes, semblait être associée à un meilleur traitement cognitif général, contrairement aux mesures effectuées par capteur.
Un débat sociétal et législatif persistant
Ces résultats interviennent dans un contexte où le débat sur les dangers des écrans et des réseaux sociaux pour les jeunes est intense. En France, une loi visant à interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans a été adoptée mais finalement censurée par le Conseil constitutionnel, celui-ci jugeant la loi trop large et portant atteinte à la liberté d’expression. D’autres pays ont également pris des mesures, comme l’Australie qui a interdit l’accès aux plateformes pour les moins de 16 ans, ou l’Allemagne qui a instauré des contrôles d’accès au matériel.
Conclusion nuancée : équilibre et stimulation
L’étude finlandaise, tout en apportant une perspective nouvelle et potentiellement rassurante, ne doit pas occulter les risques avérés liés à un usage excessif ou non maîtrisé des écrans, notamment sur le sommeil et la santé mentale, comme le soulignent d’autres rapports. Les chercheurs recommandent un équilibre, associant pratique d’une activité physique régulière à des usages numériques stimulants, plutôt que de privilégier l’un au détriment de l’autre. La nature des contenus consommés et la manière dont les adolescents interagissent avec les écrans semblent être les facteurs clés à considérer pour un développement cognitif sain.









