La startup Friend, qui avait conçu un collier doté d’intelligence artificielle pour servir de compagnon virtuel, semble avoir renoncé à commercialiser son produit dans l’Union Européenne. Cette décision survient dans un contexte de préoccupations accrues concernant la protection des données personnelles et le respect du Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD).
Un compagnon IA qui soulève des questions éthiques et légales
Lancé par Avi Schiffmann, un jeune développeur américain, le collier Friend se présentait comme une solution à la solitude, un « ami » virtuel capable d’écouter son utilisateur en permanence et de réagir par messages sur smartphone. L’objectif affiché était d’offrir un soutien émotionnel et une présence constante. Le produit, une sorte d’objet high-tech à porter autour du cou, était également disponible sous forme de chatbot en ligne.
Cependant, dès son lancement en 2025, le concept a suscité une vive controverse. La publicité agressive, notamment dans le métro parisien, a provoqué des réactions négatives, allant de la dégradation des affiches à des interrogations sur la nature même de cette « amitié » artificielle.
Les risques liés à la confidentialité et à la protection des données
Le principal obstacle pour Friend réside dans la collecte constante d’informations via le microphone intégré. Des doutes subsistent quant à la manière dont ces données sont collectées, stockées et potentiellement partagées. La startup indiquait dans ses conditions d’utilisation que les données personnelles pouvaient être divulguées, notamment à des autorités gouvernementales aux États-Unis et au Canada, ce qui a amplifié les craintes.
De plus, le fonctionnement du collier, sans indicateur lumineux signalant une écoute en cours, pose un problème de consentement pour les tiers présents lors des conversations. La startup rejetait la responsabilité sur l’utilisateur, mais le problème de conception demeurait. Face à ces interrogations, la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés (CNIL) en France a exprimé de sérieuses préoccupations, soulignant que le fonctionnement permanent de l’appareil « défie le règlement général sur la protection des données ». L’illégalité vis-à-vis des normes européennes sur la protection des données a été clairement pointée du doigt.
Une ambiguïté entre solution et dystopie
Alors que la startup affirmait vouloir lutter contre la solitude croissante dans nos sociétés hyperconnectées, des psychiatres ont alerté sur le risque d’isolement accru. L’idée de remplacer les interactions humaines par une IA qui ne juge jamais et est toujours d’accord pourrait complexifier les relations réelles et enfermer l’individu dans une bulle artificielle.
Le renoncement de Friend à commercialiser son collier dans l’Union Européenne pourrait être une conséquence directe de ces préoccupations réglementaires et éthiques. La technologie, bien qu’innovante, semble ainsi se heurter aux garde-fous mis en place pour protéger la vie privée et le bien-être des citoyens européens. L’avenir de ce type de compagnon IA reste incertain, naviguant entre la promesse d’un soutien émotionnel et le risque d’une dérive dystopique.









